
L’histoire de la créature du quartier de la Plaine
MAGALI WEHRUNG, QUENTIN CHAUDAT & IRENE SEYE
URBANISME CULTUREL
2024-2026
EPINAY-SOUS-SENART (91)
TOUT PUBLIC,
CREATION IN SITU
Depuis le mois d’octobre, notre volonté est d’accompagner artistiquement les espaces en transformations durant le temps du chantier. Avec les habitant·es et l’équipe artistique, nous allons déployer un univers plastique et narratif autour de la fabrication d’une « créature-sculpture » de quartier qui s’installera dans les espaces verts de la résidence. Notre envie : écrire avec vous l’histoire de votre créature pour imaginer ensemble un espace de jeux qui deviendra un lieu convivial en plein air pour jouer, s’asseoir, lire, pique-niquer… Avec l’envie de transformer peu à peu l’espace public en un lieu vivant, accueillant et fait à plusieurs mains ! L’aventure continue à partir du mois d’octobre 2026 pour une nouvelle année à partager.
Pour imaginer cette « créature sculpture », l’artiste-auteure Irène Seye met en place des ateliers d’écriture pour écrire ensemble son histoire. Qui est-elle ? Que fait-elle ici ? À quoi ressemble-t-elle ?
Vous trouverez ci-dessous les épisodes de l’histoire de la créature.
Prochains épisodes à venir !
ÉPISODE 1 • Il était une fois la créature…

C’est une histoire difficile à raconter.
Une histoire qu’on ne sait par où commencer. une histoire sans début, car c’est un cycle : comme la poule et l’œuf.
Une histoire qui se reproduit de temps en temps, quoique pas très souvent. Exactement tous les 3000 ans.
Une histoire donc, dont peu de gens ont été ou seront témoins. C’est une histoire pourtant, qui se déroule en ce moment. Car nous sommes dans la 3000ème année du cycle de l’histoire qui n’a pas de début… mais peut-être une fin ?
Je me lance et vous pardonnerez mes inexactitudes. Mieux : vous les corrigerez.
DONC : Il était une fois…
Je dis « une fois » pour la formule, mais c’est faux. J’ai dit juste avant que cela se produisait tous les 3000 ans… Je reprends.
DONC : il était plusieurs fois, un œuf.
Mais pas n’importe quel œuf.
Cet œuf avait la couleur du partage et de l’entraide, la couleur Azuna.
Dans cet œuf il y avait une baignoire, dans cette baignoire il y avait du sable, dans ce sable il y avait un monde, dans ce monde il y avait une créature, dans cette créature un quartier, dans ce quartier des habitants qui avaient vu… un œuf.
Un œuf apparu dans le quartier des musiciens, entre la tour rue Johann Strauss et le bâtiment rue Villa Mozart.
Un œuf ou une graine ?
Un œuf de quoi ?
Un œuf posé dans le sable comme ceux des tortues, des crocodiles…
DONC : un œuf de reptile.
Un œuf très dur, recouvert de petits morceaux colorés, comme des fragments de vie.
Les reptiles font des œufs blancs et mous, certainement pas des œufs solides et pleins de couleurs. Je reprends.
DONC : PAS un œuf de reptile.
C’est compliqué, ce début. Je vous l’avais dit. Je reprends encore :
Il était plusieurs fois, un œuf-mystère dans le quartier des musiciens d’Epinay-sous-Sénart. Apparu comme ça, un bel après-midi d’automne gris.
Forcément, ça intrigue.
Certains ont pensé que cet œuf renfermait un trésor. Certains ont pensé que ce pouvait être les joyaux de la Couronne qui avaient été volés au Louvre quelques temps auparavant. Ceux-là ont tenté de le prendre… mais cet œuf était bien trop lourd pour pouvoir être déplacé.
Certains ont dit que c’était un obus de la 1ère guerre mondiale, mais ceux-là n’avaient pas toute leur tête.
Certains ont dit que c’était l’œuf d’une poule sur un mur qui picotait du pain dur.
Au bout de quelques jours, comme les habitants et les autorités voulaient savoir ce qu’était cet œuf, et s’il n’était pas dangereux (avec la grippe aviaire et le COVID 19, tout le monde était devenu méfiant), on fit venir un spécialiste des œufs-mystérieux : Un OVO-MYSTERIOLOGUE, (ou quelque chose comme ça).
Le spécialiste fut formel : il n’en savait rien. Et il repartit.
La nuit venue, un groupe de filles se réunit. Il y avait là: Sana, Malak, Niwayelle et Kelya.
Certaines personnes savent accepter l’inattendu et le merveilleux, on les appelle des enfants. À partir d’un certain âge les enfants changent de nom : on les appelle des adultes et ce changement de nom leur fait, souvent, perdre ces capacités.
Les filles s’étaient rendues-compte que le spécialiste avait tout simplement oublié d’écouter. Alors elles s’approchèrent de l’œuf, y posèrent leurs mains et leurs oreilles. Les œufs ne s’adressent qu’à certaines personnes choisies, alors elles attendirent.
Et l’œuf parla.
Il ne parla pas comme vous et moi bien sûr, un œuf n’a pas de bouche. Il parla comme un œuf, ce qui n’est pas une insulte.
Les filles sentirent l’œuf chauffer et vibrer, et elles virent, directement sous leurs paupières et dans leur cœur, l’histoire de cet œuf. Elles virent la créature qui avait déposé cet œuf, elles virent l’eau et la terre et comprirent que c’était là les éléments de la créature.
Si vous souhaitez que cet œuf soit un œuf de tortue, TAPEZ 1.
Si vous souhaitez que cet œuf soit un œuf de dragon, TAPEZ 2.
Si vous souhaitez que cet œuf soit une graine, TAPEZ 3.
Si vous souhaitez que cet œuf soit autre chose, TAPEZ-VOUS SUR LES GENOUX.
Si vous souhaitez que la créature vienne d’une autre planète ou d’une autre galaxie, TAPEZ 1.
Si vous souhaitez que la créature vienne d’un autre continent ou d’un autre pays, TAPEZ 2.
Si vous souaitez que la créature vienne de l’Yerre ou de la forêt de Sénart, TAPEZ 3.
Si vous souhaitez que la créature vienne du plus profond de la Terre, TAPEZ-VOUS UNE BARRE.
La suite dans le prochain épisode !
ÉPISODE 2 • L’origine de l’œuf

Cet œuf, vous l’aurez deviné peut-être, était un œuf de dragon. Ou plutôt de dragonne, bien sûr.
Je dois vous dire que les dragons, tout comme les huîtres, les poissons-clowns (drôles ou pas), les grenouilles, le mérou brun et j’en passe, changent de sexe au cours de leur vie. Parfois plusieurs fois. Le sexe de naissance, comme pour les crocodiles ou les tortues, est déterminé par la température du sable dans lequel est enterré l’œuf. Au moment de la ponte, c’est bien sûr en tant que dragonne, que le dragon pond.
Le dragon, je n’invente rien, je me base sur wikipédia qui est un repère de gens savants, le dragon, dont les premières traces dans des représentations font penser qu’il est né en Afrique où il était gardien de l’eau et volait dans les arc-en-ciel, c’est-à-dire quand la pluie et le soleil s’épousent, quand la lumière se difracte à travers l’eau et révèle, accepte de révéler ce qu’elle est vraiment c’est-à-dire multicolore…
Pardon : le dragon, dont les traces se trouvent ensuite par ordre d’apparition en Asie, Australie, Amérique puis Europe, (nous parlons ici d’une créature qui a parcouru les 5 continents, qui embrasse la terre et le ciel, qui est alternativement mâle et femelle, à la fois yin et yang) le dragon, cet être mythique et mythologique… a pondu un œuf à Épinay-sous-Sénart, dans le quartier des musiciens.
Pof.
On peut, en regardant les couleurs de l’œuf, connaître l’histoire de la dragonne qui pondit l’œuf d’Épinay. À dominante bleu ciel, on sait qu’elle a voyagé. On sait, en tout cas moi car les ovo-mystériologues ne valent rien, que c’est une jeune dragonne de 3000 ans née au Congo, car on reconnaît le cours du fleuve dans la forme ondulée de la mosaïque de l’œuf. On sait aussi, en tout cas moi, à travers les touches des autres couleurs, qu’elle est passée par la Chine, les Antilles et l’Albanie avant d’arriver à Épinay.
Ce qu’on ne sait pas en regardant l’œuf, et qu’il a révélé aux enfants du quartier qui l’avaient écouté, c’est qu’il descend d’une illustre lignée. Sa mère est la descendante de la Dragonne-Mère qui enfanta le soleil, et son père le descendant du Dragon-Père, notre lune.
Car au commencement étaient les dragons. Dans le noir de l’espace, ils s’enroulaient sur eux-même pour devenir des planètes. Sur Terre, ils volaient furieusement pour réchauffer l’atmosphère et répandre les couleurs. C’est ainsi que naquirent les aurores boréales, voyez-vous,et c’est ainsi que leurs écailles devinrent des montagnes, leurs plumes des nuages, leurs larmes des rivières et leur feu des volcans.
Les dragons vivent la plupart du temps seuls, ne se regroupant qu’en cas de danger ou pour faire la fête, chaque 200 ans. Ainsi un dragon devenu dragonne et portant un œuf cherche le meilleur endroit pour pondre seul, en fonction des constellations et de son envie personnelle. Le jour de la naissance, son père et les autres dragons de la galaxie (les autres sont trop loins et parfois vieux, vous leur pardonnerez), viennent auprès du dragonneau pour lui souffler dans les naseaux et lui insuffler l’histoire de l’Univers.
La mère de notre œuf, que nous appellerons la dragonne d’Épinay, n’est donc pas venue ici par hasard. Vous trouverez peut-être étrange qu’ayant parcouru la planète, toujours volant vers l’Est, ayant survolé des tas de pays et bravé les tempêtes de l’Océan Pacifique, elle s’arrête à Épinay. Car on se dit qu’Épinay fait moins rêver que Shangaï, Bombay ou Fort-de-France. Mais n’y a-t-il pas à Épinay des personnes venant de Chine, du Congo, d’Inde, d’Albanie ou des Antilles ? Des personnes venant des autres pays que la dragonne a survolé ? N’y a-t-il pas à Épinay une concentration du Monde ? N’est-ce pas cela qu’elle cherchait ? Ne plus avoir à parcourir le Monde car elle serait au beau milieu de celui-ci ?
Ce qu’elle a cherché aussi je le sais, ne me demandez pas pourquoi, c’est à retrouver son nom. Car son nom lui a été volé lors de son voyage, ce qui fait qu’elle ne peut à son tour nommer son dragonneau. Peut-être dans cette ville-monde, s’est-elle dit, peut-être pourrat-on retrouver mon nom et en donner un à mon petit, ma petite ?
Ce qui n’a pas de nom n’existe pas, ce qui n’a plus de nom disparaît. Alors, sentant sa chair devenir translucide et perdant sa substance, elle a voulu pondre avant de s’effacer totalement. Je ne sais pas si elle s’est déjà convertie en brume ou si elle erre toujours dans la forêt. Je ne sais pas si nous trouverons son nom à temps pour qu’elle retrouve corps, mais pour que subsistent les aurores boréales, les montagnes et les rivières, il faudra que des personnes d’Épinay-ville-monde donnent un nom à son petit…
La suite dans le prochain épisode !
ÉPISODE 3 • Le chemin

Le dragon sans nom, quand vint sa 1000ème année, cessa d’être un enfant. Il passa, comme tous les jeunes de son âge, l’épreuve des dons. C’est au cours de ce rituel que les jeunes dragons deviennent dragons d’eau, de feu, de terre, d’air, ou de plusieurs choses à la fois. Notre dragon, et c’est très rare, devint dragon des quatre éléments. Je vous le rappelle, il était le descendant de la dragonne-mère qui enfanta le soleil, et du dragon-père, qui devint la lune. Forcément, ça joue…
Notre dragon, donc, décida de partir à l’aventure. C’était excitant et triste. Comme quand on quitte le CM2 pour entrer en 6ème, pour vous donner une idée. Dans cette forêt il avait appris des tas de choses importantes : l’essentiel pour se débrouiller dans la vie. Dans une vie de dragon, en tout cas.
Il quitta la forêt du Congo, où il aimait grimper dans les arbres à litchis, et même y faire la course avec les chimpanzés.
Il quitta la forêt du Congo, où il aimait nager dans le fleuve en regardant les étoiles.
Il quitta la forêt du Congo, où il aimait bavarder avec les éléphants et les perroquets, surtout les Gris du Gabon qui ne vivent pas qu’au Gabon et ont toujours une bonne plaisanterie au bec.
Il quitta la forêt du Congo, où il aimait se reposer à l’ombre des Wengés et des Acajous, ces arbres aimables et doux qui ne sont pas que des tableaux de bords de luxe et des tables pour l’apéritif.
Il quitta la forêt du Congo, la forêt où il avait appris à aimer la forêt.
Pleine balle vers l’Est (si vous me passez l’expression). Il survola l’Ouganda et le lac Victoria qui est grand comme, tenez-vous bien, 19 000 fois la ville d’Epinay-sous-Sénart ! Ensuite : Kenya, Somalie, et puis… l’Océan Indien à perte de vue.
Notre dragon suivait l’Equateur car c’est le plus simple quand on ne sait pas où aller : il suffit de suivre les pointillés dans l’eau, comme sur un globe terrestre. Soudain, sans qu’on ne sache pourquoi, le dragon piqua vers le Nord. Il était sous le Sri Lanka à ce moment-là, et remonta tout droit : Sri Lanka, Inde, Népal, Himalaya.
Le dragon, entre les montagnes vit un lac. Un très beau lac qui serpentait entre les montagnes. Il s’y s’arrêta. C’était le lac Phoksundo, célèbre pour sa couleur turquoise et sa proximité avec de nombreux glaciers bleu azur. L’eau était froide, mais il se laissa flotter un moment pour admirer le paysage. C’était agréable. Le dragon sentait cependant qu’autre chose l’appelait. Alors il but une partie du lac et repartit.
Himalaya toujours. Tempête de neige. Le dragon n’avait jamais vu tant de blanc, lui qui avait traversé le vert de la forêt et le bleu de l’Océan.
- Il y a bien des couleurs sur Terre, pensa-t-il.
Ce n’était pas une pensée très élaborée mais le froid lui gelait le cerveau. Les plus hautes montagnes du monde se dressaient devant lui, et le froid, en plus de lui geler le cerveau, rendait ses ailes cassantes. Il était, c’est indéniable, en difficulté face au vent qui semblait ne pas vouloir le laisser franchir les montagnes. Il les franchit, pourtant. Car il eut l’idée de cracher du feu pour créer un bouclier thermique, ce qui est une expression savante pour dire avoir moins froid et pouvoir bouger ses ailes. De l’autre côté des montagnes, c’était le Tibet.
Le dragon s’arrêta-là un moment.
- J’ai appris quelque chose sur moi, se dit-il.
Il voulait prendre la mesure du chemin parcouru, prendre la mesure du froid qui avait fait geler ses écailles et sa moustache, prendre la mesure de sa fatigue. Il se retourna donc pour prendre toutes ces mesures, mais ne vit que les montagne qui lui barraient la vue. Ça n’était pas ce qu’il pensait voir mais c’était beau, quand même. Alors pour faire bonne mesure, il laissa tomber une de ces écailles qui se transforma elle aussi en montagne. C’est ainsi qu’il y a au Tibet une jeune montagne dite « montagne du dragon », car elle en rappelle la forme par temps clair. C’est ainsi que notre jeune dragon apporta sa participation à la construction du monde.
Quand il eut créé sa montagne et fini de faire sa pause, notre dragon repartit à nouveau vers l’Est. Il fit un saut de 5000 km et s’arrêta au Huang Hé : le Fleuve Jaune.
Il y a deux très grands fleuves en Chine. Quand je dis grand, cela veut dire vraiment très grands. Encore plus longs que le fleuve Congo. L’un est le Yangtsé, bordé de montagne vertes et parsemé de bateaux de croisières et de gens qui disent : « Comme c’est beau ! » ou « Oh my god », ou d’autres choses encore en prenant des photos. On l’appelle le fleuve bleu.
- C’est un fleuve bon pour les cartes postales, se dit notre dragon. Même s’il n’avait pas une idée très claire de ce qu’est une carte postale.
L’autre est le fleuve jaune.
Tumultueux. Et même colérique, car ses crues sont terribles.
Jaune à cause de l’argile et des sédiments que transportent ses eaux. Et c’est ce fleuve qui attirait irrésistiblement notre dragon. Car dans ce fleuve vivait le dragon Huang. Ancien roi-dragon disaient les uns, ancienne carpe intrépide, disaient les autres.
- Il y a là l’un des miens, se dit notre dragon (les dragons ont en effet la capacité de sentir leurs présences sans se voir).
- J’ai un peu peur, se dit-il encore, même s’il ne savait pas si c’était l’émotion de voir un autre dragon, ou un pressentiment plus funeste.
Alors, notre dragon plongea.
La suite dans le prochain épisode !
ÉPISODE 4 • La route de soi

Impact dans 5… 4… 3… 2… 1…
Splash !
Au moment précis où le museau du dragon toucha l’eau du Huang Hé, ses écailles-plumes changèrent de couleur, une boule de feu se fit dans sa gorge et une douleur s’éveilla dans son ventre. Il ne voyait plus rien, ne pensait plus rien, ne ressentait que son ventre. Alors il se laissa couler lentement, comme une feuille d’automne géante, au fond du fleuve.
Le dragon sentait son ventre travailler, gargouiller, se contracter et se dilater. Et puis, quand le ventre s’agite vous savez ce que c’est : le dragon fit un pet.
Ça n’était pas un prout ordinaire. Parce que c’était un pet de dragon, d’une part… Mais aussi parce que cette bulle de gaz, d’air, ou d’allez savoir quoi, remontait à la surface en emportant un bout de ce qu’avait été le dragon. Comme une pelure d’âme…
Le dragon en effet, était devenu dragonne.
Le fleuve sembla ralentir son cour, et le limon resta en suspension autour du corps de la dragonne. Ça lui faisait comme une peau de paillettes, une peau de fête.
Huang s’approcha. Huang, le dragon du fleuve… qui était très grand et très beau. Pas d’une beauté ordinaire, non. D’une beauté tumultueuse, comme le fleuve. D’une beauté qui charrie des tas d’histoires, comme le fleuve charrie ses sédiments. Huang s’approcha et souffla dans la gueule de la dragonne, car elle était dans l’eau depuis déjà longtemps. Il lui donna de l’air, et la dragonne ouvrit les yeux. En voyant Huang, elle se dit qu’elle avait bien fait de plonger dans ce fleuve car quelque chose était en train de se passer. « Quelque chose », se dit-elle. Nous, nous savons bien quoi…
- Je te connais, Msitu, ton nom veut dire forêt. Et je t’attendais. Tu étais fort, maintenant tu es forte. Tu étais curieux et joueur, maintenant tu es curieuse et joueuse. Tel que tu étais, tu demeures. Mais telle que tu es, tu ne resteras pas. La vie est comme le cours de ce fleuve : souvent débordante, et ne s’arrêtant jamais. Tu vas t’augmenter de tes nouvelles expériences et de ta nouvelle condition, Msitu.
C’était la première fois qu’on l’appelait par son nom depuis qu’elle avait quitté la forêt. Cela faisait du bien de s’entendre nommer, elle se rappelait qui elle était. Comme quand on ne s’est pas vu depuis longtemps dans un miroir et qu’on est un peu surpris. Souvent on se dit : « Ah oui, c’est vrai, je suis comme ça ».
Msitu, se rappelant qui elle était, eut envie de rire. Elle n’avait pas ri depuis sa dernière discussion avec les perroquets, avant son grand départ du Congo. Alors elle chatouilla une narine de Huang pour lui enlever un peu de son sérieux, et Huang eut un éternuement qui créa une vague monumentale. L’eau se souleva jusqu’au barrage de Sanmenxia à 700 km de là, affolant la compagnie électrique chinoise State Grid Corporation of China, qui ne comprenait rien à cette subite montée des eaux.
Et Msitu rit. Et s’engagea alors un jeu de chat entre dragons, un chat-dragon qui les fit rire tous les deux, et fit beaucoup moins rire les carpes qui se faisaient bousculer. Quand ils s’arrêtèrent, fatigués, ils s’entremêlèrent pour se reposer. Et c’est à la suite de cet entremêlement de dragons que Msitu se retrouva porteuse d’un œuf.
Ils passèrent très peu de temps ensemble mais ce fut un temps rare et précieux. Msitu devait désormais trouver le lieu où pondre son œuf. Cela n’était pas triste car les dragons, une fois liés, ne perdent jamais cette connexion et peuvent même se parler à distance. Et puis une vie de dragon, c’est long. Ils avaient le temps de se retrouver.
Alors un soir, après que Huang lui eut préparé un festin d’algues, de carpes, de crevettes et de chevreuil de Sibérie, elle partit.
- Je t’accompagne un peu. Jusqu’au ciel, dit Huang.
Ceux qui assistèrent au départ depuis la rive virent deux trombes de feu et d’eau jaillir du fleuve, comme deux jeyser impossibles. Puis Huang et Msitu firent des cercles et des dessins étranges entre les astres. C’était une lettre d’amour céleste.
Alors l’une parti vers l’Est, et l’autre replongea dans le fleuve.
ÉPISODE 5 • Le vol du nom

Msitu survolait le monde sans relâche pour trouver son nid. Elle parlait avec Huang souvent, pensait au Congo parfois. Les dragons sont omnivores, elle n’avait donc pas de problèmes pour s’alimenter : fruits, poissons, rongeurs ou gros herbivores, feuilles grasses, oiseaux…
Cela fait maintenant cinq épisodes que nous cheminons ensemble, et vous savez déjà que Msitu va perdre son nom, et que c’est cela qui déclenchera le début de la fin de notre histoire.
Il est temps que je vous dise comme cela est arrivé.
Elle avait fait halte dans la Mangrove de la Guadeloupe, lovée dans l’eau entre les racines des palétuviers à manger des crabes farcis. En vrai juste des crabes, j’exagère.
Mais ça n’est pas là que c’est arrivé.
Elle avait ensuite traversé l’Océan Atlantique en diagonale.
Mais ça n’est pas là que c’est arrivé non plus.
Elle s’était enfin retrouvée en Islande. C’est là que ce qui devait arriver arriva.
– C’est ici, se dit-elle. Ici que je pondrai mon oeuf. Loin de la foule, dans un pays où le feu et la glace sont mari et femme, où l’air peut être gelé en même temps que l’eau de source bouillante.
– J’aurai la compagnie des elfes, se dit-elle.
Car il reste en Islande une grande quantité d’Elfes. Ils y sont respectés et protégés, et d’ailleurs les habitants leurs construisent dans la nature de petites maisons appelées Álfhól pour qu’ils s’y abritent. Curieux pays que l’Islande…
Elle opta pour la cascade Skógafoss. Une magnifique chute d’eau d’une hauteur de 65 mètres, qui ne gèle pas même en hiver, et qui fait naître un arc-en-ciel chaque fois que le soleil pointe ses rayons. Il y a, derrière le mur d’eau, un grand creux dans la roche à l’abri de la neige, presque une grotte, où passe un chemin. Les promeneurs en ressortent trempés par les éclaboussures, ce qui fait qu’en hiver, peu d’entre eux s’y risquent.
– Le bruit de l’eau couvrira mes ronflements quand je dormirai, pensa-t-elle. Car depuis qu’elle portait un oeuf, elle s’était mise à ronfler.
Msitu pouvait se rendre quasiment invisible, tout comme les pieuvres, en changeant la couleur et le grain de sa peau. Elle se confondait avec la roche et la mousse, de sorte que si elle n’ouvrait pas les yeux, les rares promeneurs qui défiaient le froid pouvaient lui marcher dessus sans même s’en rendre compte. Et sans lui faire mal, bien sûr, vu l’épaisseur de ses écailles.
Skógafoss était la cascade de la rivière Skógá, qui veut dire forêt en Islandais. Tout comme Msitu veut dire forêt en Swahili ! Vous captez ? Elle avait rendez-vous avec ce lieu. Le destin !
La rivière Skógá, donc, comme toutes les rivières du monde, avait un gardien. Ce gardien était jaloux et dangereux et n’avait qu’un seul but : libérer l’ogresse de Haifoss, ancienne gardienne de la rivière Fossá. Il en était en effet amoureux, et celle-ci était gardée prisonnière sous la roche grâce à un enchantement elfique. Le gardien avait pour projet de partir vivre avec elle au pôle Nord, où le Yéti leur louerait sa maison de vacances. Ce gardien à l’apparence monstrueuse était un esprit de roche volcanique qui avait mal tourné. L’esprit, pas la roche. Même les monstres ont besoin d’amour…
Pour rompre l’enchantement elfique et libérer l’ogresse, il lui fallait concocter une potion dont l’ingrédient principal était le nom d’une dragonne. Enfin ! Après des siècles d’attente, une dragonne venait à lui : Msitu allait lui offrir ce qu’il voulait. Le gardien attendit une nuit sans lune, et jeta dans la rivière 3 cheveux d’elfe, des yeux de saumon et une poignée de sel. Puis il fit des incantations.
À ce moment, Msitu ressenti une terrible soif. Elle se mit directement sous la cascade et ouvrit la bouche. Mais ça n’était pas encore assez alors elle se mit sur la berge et but au fil de l’eau. Quand elle plongea son museau dans le fleuve, elle vit des choses flotter et s’éloigner dans l’eau. Des choses qu’elle n’identifia pas tout de suite car elle n’était préoccupée que par sa soif. Il y eu d’abord une sorte de serpent.
C’était un S.
Puis un bâton.
C’était un I.
Le T et le M se suivirent de près.
Quand elle vit le U, elle comprit que quelque chose de grave c’était produit. Elle tenta de se rappeler son nom mais n’y parvint pas. Elle tenta de se rappeler d’où elle venait mais n’y parvint pas. Elle tenta de se connecter à Huang, dont elle se souvenait sans savoir exactement qui il était, mais n’y parvint pas. C’est comme si quelqu’un vous appelait en numéro masqué, vous ne décrocheriez pas non plus.
Elle se souvenait qu’elle portait un oeuf, et savait ce que cela voulait dire. Sans son propre nom, elle ne pouvait plus donner de nom à son oeuf, et son oeuf ne pouvait pas éclore s’il n’avait pas de nom. Sans son propre nom, elle perdrait son corps et se transformerait en brume. Elle ne pouvait plus rester là. Elle devait trouver la compagnie des humains. De beaucoup d’humains. De lieux différents. Afin que, oui c’est statistique, sur le nombre certains acceptent de l’aider. Ou d’aider la créature en sommeil dans son oeuf. Une ville suffisamment diverse, mais suffisamment petite pour rester discrète.
Alors, elle vint à Épinay.
ÉPISODE 6 • Spinozaïk


Spino craqua sa coquille au printemps. Au sens littéral, pas au sens : « Hé, t’as craqué ta coquille ou quoi ? ».
Msitu ne s’était pas trompée : elle avait trouvé à Epinay des enfants pour donner un nom à son petit : Spinozaïk. Mélange de spinolien et de mosaïque. Car depuis quelques temps dans la ville, le bruit avait couru qu’une dragonne était présente. Des mosaïques lui rendant hommage avaient fleuri dans le quartier. Certains étaient même partis au bord de l’Yerres pour tenter de retrouver sa trace. Avec un vieux chien, des enfants, des femmes, un spécialiste de la faune sauvage nommé Pablo, et une traductrice de chants d’oiseaux. Il y avait bien quelques traces comme une série de pins à branches cassées et le témoignage des oiseaux, la dragonne était manifestement passée par là, oui… Mais plus personne ne l’avait vue depuis. Elle s’était volatilisée.
Spino était bien joli. Il avait un duvet coloré, des plumes au bout de la queue qui lui faisaient comme une flamme de poche, quelques écailles brillantes aux formes aléatoires, et de grands yeux. Il ressemblait à un machin qu’on aurait envie de garder près de soi. Entre la peluche et l’animal de compagnie. En plus grand. Et qui crache du feu. Et avec des griffes.
Spinozaïk était un peu perdu en sortant de son oeuf. Il avait acquis la connaissance de l’histoire de sa mère avant sa naissance. Msitu avait posé ses naseaux sur l’oeuf pour la lui transmettre, avant de disparaître.
Deux grandes tours et deux barres d’immeubles entouraient Spinozaïk. L’une des barres était recouverte d’une sorte de drap en plastique blanc. C’est parce qu’elle allait se faire opérer du désamiantage. C’est ce qui arrive aux vieux bâtiments, un peu comme la cataracte chez les vieux humains.
L’une des tours était peinte. Cela donna envie à Spino d’aller y voir de plus près. La porte était ouverte, il s’engouffra dans le hall. Il était peint. Il suivit les peintures qui montaient jusqu’au premier étage. Une porte y était peinte aussi. Il entra. Devant lui une cuisine, à sa gauche une grande pièce. Peinte. Il y avait là des bouquets qui séchaient, des recettes d’infusion, des dessins et photos, des boites avec des morceaux de tissu, des plumes, des sequins colorés, des livres et des canapés… Et même une carte du monde accrochée au mur. Quand il s’approcha de la carte, il vit que tous les endroits par lesquels sa mère était passée était épinglés.
– « Ces personnes ont connu ma mère ! Elles vont pouvoir me dire où la trouver ! ».
Il entendit alors d’énormes coups frappés à l’autre bout de l’appartement.
– Maman ?
Spinozaïk se précipita dans le couloir et vit dans les deux pièces du fond des baignoires posées sur des tables, avec des personnes de part et d’autre. Cela semblait une sorte de rituel. Certaines de ces personnes collaient des morceaux de carrelage coloré, d’autres frappaient des carreaux au sol avec un marteau. Les carreaux n’avaient aucune chance.
En un quart de seconde, ce fut la panique.
Spinozaïk reconnut sa mère sur la mosaïque d’une des baignoires, et il s’en approcha. D’un coup, tout le monde le vit et se mit à hurler, Nina, qui cassait les carreaux, s’évanouit. Certains se mirent à prier, Spino essaya de partir, fit demi-tour et renversa la baignoire qui était sur la table d’un coup de queue. Celle-ci tomba, manquant de peu les pieds de Sarah, mais écrasant un tube de colle à carrelage qui éclata ; le dragon glissa sur la colle fraîche avec ses pattes arrière et se trouva propulsé tel un patineur fou dans le couloir où il finit sa course le museau sur le buffet du salon.
Le buffet tanga… En avant… en arrière… en avant : les portes s’ouvrirent et les assiettes et verres se retrouvèrent brisés au sol… en arrière… et… stabilisation.
Ça, c’était une fracassante entrée dans le monde !
Les faiseurs de mosaïques avaient mis leur peur de côté, et avaient compris ce qui se passait (à part celle qui s’était évanouit et qui dormait toujours). Spinozaïk était triste et effrayé à son tour. Il grondait, comme un chat géant.
– « Pardon Spino, lui dit Dorothée, on ne voulait pas te faire peur. En vrai, je pensais que tu n’existais pas. On a été un peu surpris.
– Oui, personne n’y croyait à cette histoire… C’est un miracle.
– En général, les miracles ne cassent pas les assiettes… »
Ça, c’était une remarque de Judith, qui faisait souvent le ménage et qui avait senti qu’elle allait devoir ramasser la vaisselle cassée.
– « Pourquoi dessiner ma mère sur des mosaïques, pourquoi parler d’elle si vous n’y croyez pas ? Pourquoi me donner un nom ?
– Ben… euh… pour… enfin… tu vois, quoi. C’est cool… ».
Ça, c’était une réponse convaincante ! Les artistes, j’vous jure…
– « Il faut que je voie les filles qui ont touché ma coquille quand j’étais encore dans l’oeuf. Celles à qui j’ai parlé. Je dois les remercier.
– De toutes façons il faut qu’on te présente aux enfants et aux habitants du quartier, de la ville ! ».
C’est ainsi que le club des cinq nouvelle version, se mit en route. Direction : le marché. Le meilleur moyen pour qui veut croiser du monde.
Autant dire que Spino fit sensation. Il y eu bien des paniers renversés, des cris et des pastèques qui roulèrent sur le sol comme de joyeuses billes géantes, mais Spino fit jaillir des étincelles colorées en faisant une roulade, et joua un air de trompette pour rassurer tout le monde -où diable avait-il bien pu trouver cette trompette ? personne ne le sut-. Cela fit arriver les personnes qui faisaient la queue à la boulangerie et au bureau de tabac.
– Ben mince alors ! dit quelqu’un, faut que j’arrête le pastis, je vois un dragon qui joue de la trompette !
– Tu peux continuer le pastis, parce que c’est vraiment ce qui se passe, lui répondit son voisin.
Alors tout le monde voulu le toucher, caresser son duvet, et lui dire ses souhaits dans le creux de l’oreille. Car les dragons portent bonheur, savez-vous ?
Spino garda tous ces voeux dans sa poche à voeux, qui est une sorte de gésier qu’ont les dragons, mais entre les deux oreilles. Il se disait en Chine il y a très longtemps, que les dragons portaient en eux un joyau magique, apte à exaucer les voeux et symbolisant la sagesse. Les anciens ne le savaient pas mais c’est en réalité lorsque la poche à voeux est pleine, que se forme ce joyau.
– Et maintenant, continuons la route, il faut te présenter à tout le monde, dit Magali.
Et voilà la troupe, augmentée de tous les usagers du marché, qui se met en route. Une bonne cinquantaine de personnes qui traverse le quartier pour aller vers la mairie. Sur le passage, les habitants de la Plaine pointaient leur nez par la fenêtre, et certains rejoignaient la troupe.
– Attendez, on passe par la médiathèque, dit Eloïse.
Petit détour donc pour passer devant la médiathèque. Cette fois, Spino n’entra pas pour ne pas renverser les présentoirs, ce fut Quentin qui entra dans la médiathèque et réussit à faire sortir tout le monde. Il y eu quand même un présentoir renversé, mais il était vraiment petit et instable. Il y avait quand même du mieux dans la réaction des habitants.
– Mais alors… C’était vraiment vrai ??, dit Mireille.
– Oui, c’est un miracle, lui répondit Lydia.
– Les miracles ne cassent pas d’assiettes, dit Judith.
Et re-départ vers la mairie en longeant l’Yerres, (avec arrêt au joli lavoir car à Epinay on sait recevoir), et arrivée derrière la mairie. Il y avait maintenant une bonne centaine de personnes, mais le bruit courait de toutes parts, faisant affluer les gens vers le rassemblement.
– M. Allouch ! M. Allouch !, criaient les habitants. Il faut nommer Spino citoyen
d’honneur de la ville !
Comme M. le maire ne sortait pas à la fenêtre, Spino lança une formidable flamme vers le ciel.
– Oooooohhhhhh !!!!, firent les habitants.
– Mais que se passe-t-il ? fit le maire, finalement à la fenêtre.
Et les habitants lui racontèrent l’histoire de Spino, fils de la dragonne Msitu née au Congo, elle-même fille de la dragonne-soleil et du dragon-lune, et du dragon Huang, gardien du fleuve jaune en Chine.
Spino fut fait citoyen d’honneur sur-le-champ, et re-joua un air de trompette pour fêter ça.
– Je dois aller trouver les enfants qui m’ont donné mon nom.
– Ce sont les enfants du centre de loisirs du Pré-aux-Agneaux, dit Mona. Ben oui… c’est moi qui les ai fait venir pour la mosaïque, ajouta-t-elle, voyant que tout le monde la regardait.
– Alors en route pour le Pré-aux-Agneaux ! dit Spino.
– Moi je voudrais bien y aller mais j’ai les pieds trop fatigués, dit un enfant.
– Monte sur mon dos ! dit Spino.
Et à nouveau la troupe se mit en marche, Spino en tête, chevauché par un enfant. 100, 150, 200, 300 personnes étaient maintenant en route. Les gens abandonnaient leurs voitures aux feux rouges à la vue de la créature mythique et de cette cohorte improbable.
Arrivés au centre de loisirs, il n’y eut rien de cassé, rien de renversé. Car les enfants attendaient Spino de toutes leurs forces, et ils n’eurent pas peur de le voir. Djawad et Djalilatou coururent murmurer leurs voeux aux oreilles de Spino, bientôt suivies de tous les enfants du centre.
Alors Spino proposa de rejoindre le bac à sable où il était né, au pied de la tour rue Johann Strauss, là où tout avait commencé. 400 personnes déboulèrent sur la place. Sana, Malak, Niwayelle et Kelya y attendaient Spino. Elles avaient senti qu’il viendrait. Ils se parlèrent à nouveau sans se parler, comme la première fois qu’ils s’étaient rencontrés : de coeur à coeur.
Ce jour-là eut lieu une fête de tous les diables, avec jets de flammes et d’étincelles colorées, musique et échanges de voeux. Les habitants ne passaient plus par Spino mais se lessouhaitaient directement, se proposant des services ou des gâteaux. Car je crois que nous avons tous une poche à voeux, entre les oreilles ou près du coeur.
Spino est reparti aujourd’hui, mais il reviendra. Et nous, nous allons fêter ce jour et nous rappeler, grâce aux baignoires dont la mosaïque raconte cette histoire, qu’à Epinay-villemonde, en 2026, un dragon nommé Spinozaïk est passé.






